• Critique du livre "Le business des vanités"

    Rédaction de Royauté-News

    Un temps, quatre mouvements : nous avons décidé de publier un article destiné à la critique des passages relatifs à la Patagonie dans ce livre et, dans quelque temps, un dossier sur la question des titres de noblesse contemporains ainsi que des articles thématiques sur cet univers des titres.

    Défavorable, notre jugement sur le livre « Le business des vanités » nous oblige à une critique peu agréable, au moins car elle est plus longue que d'habitude. On aurait aimé y découvrir de façon gourmande des faits nouveaux, des situations intéressantes mais... ce livre est sans le moindre intérêt. Titre et sous-titre appelaient pourtant celui des amateurs du thème de la fausse noblesse et plus généralement, celui des honneurs dont la forme est pourtant variée et la liste est longue. Or de ce thème il n'est question et sauf quelques indiscernables considérations d'un auteur qui ne connaît manifestement pas cet univers et qui le disputent au vague et au ressentiment, on ne trouve que de rares anecdotes de seconde main sans aucune précision, de propos rapportés de Services officiels, jugé dès lors spécialisés et que l'auteur a rencontrés, mais qui ne sont pas à la hauteur ou alors, leur lacune serait de ce reporter indépendant. On voit d'ailleurs en tous les autres passages de sa plume, beaucoup de choses non assimilées par lui. Logiquement on découvrirait, supposées exister, le principal d'affaires autour de la noblesse (ou d'escroqueries la concernant), qui mettraient directement en cause les bénéficiaires directs et opérants vaniteux d'un système, et non leur centrale d'achats. Ce n'est pas le cas.

    On sera déçu. Ce n'est pas que le contenu soit mauvais : il l'est quant aux définitions à l'emporte-pièce comme signées d'un procureur... ; les premières pages le situent dans la diatribe, et d'un autre côté, ce livre est vide car il n'entre pas dans les sujets attendus, pressentis au sous-titre : Enquête sur les arnaques à la noblesse. Lui n'aborde que très peu dans le détail que pour les réseaux vendeurs de titres, qui n'a que peu à voir avec ce thème. Claire erreur de casting.

    Au crédit de l'auteur : 1) son intention marquée de préserver des acheteurs naïfs. Mais face à elle, il n'a pas pris en compte l'essentiel : la volonté des acquéreurs d'obtenir des fonctions, jugées honorifiques ou effectives dans un cadre donné, ou de titres, et ce, dans des conditions parfois onéreuses. 2) Son affirmation juste que les enregistrements de blason par des dessinateurs de blasons, lesquels, c'est nous qui l'ajoutons, ne sont que des particuliers, ainsi que  l'enregistrement de titres inventés par d'autres particuliers qui les proposent à l'achat, n'ont « rien d'officiel ni de légal ». Le lecteur en prend bonne note. Mais s'en moque complètement et tant pis pour le procureur qui enfile le costume du protecteur des épargnants naïfs. Car en effet, le même, juge les impétrants selon un sentiment qu'il ignore d'autant qu'il ne les a pas interrogés, sans définir la limite d'un mépris parfois affiché - pas toujours - pour la naïveté de ceux qui se laissent tenter par ces titres.

    Même si à la rescousse, après que son existence lui ait été révélée par ce responsable de l'ANF (voir plus bas), il fait venir Dioudonnat, un spécialiste du fourre-tout en matière de prétendue fausse noblesse. Ce dernier publie de temps en temps une nouvelle version de son ouvrage (nous n'en ferons pas de publicité), chaque tome, véritable Capharnaüm dans lequel la Fée Confusion ne se retrouverait pas, au contenu identique aux précédents avec quelques ajouts de noms et... par exemple quelques  rectifications lorsque ses précédentes citations n'ont pas été jugées justes par les porteurs. La Fée Carabine flingue à tout-va. Si vous ne connaissez pas la noblesse, l'ouvrage en question (de Dioudonnat) pourra peut-être vous dire, dans le cas de certaines familles, qu'elles seraient à classer parmi la « fausse noblesse », mais dans une présentation si peu précise et si abusive qu'elle ne vous renseignera pas vraiment. Rien de solide dans tout cela. Un de ces pourfendeurs auto-désignés d'un processus qui en réalité leur échappe complètement. Vous trouverez pêle-mêle parmi les noms quelques rares cas amusants, quelques familles un peu connues qui laissent passer de se trouver moquées, d'autres (il est intéressant de s'apercevoir que certaines familles bien connues n'y figurent pas, car là, ça passerait moins), de nombreux cas de familles qui ont voulu reprendre un nom mais tout est mélangé : les cas justifiés et les cas invraisemblables, ou encore des noms appartenant à la meilleure aristocratie ancienne (pour donner un peu d'intérêt à l'ensemble et atteindre une épaisseur vendable ?) Mais revenons au présent livre que nous commentons.

    En dehors de généralités, dans ce livre Le Business des vanités on ne trouve rien de plaisant. Il est un véritable concours de contre-sens, un record d'amalgame de « vérités » sans doute jamais ramassées par un auteur visiblement hargneux et dont le style ne laisse pas rêveur. Les amateurs jugeront que sa lecture ne mérite aucun détour, les profanes ne pourront faire avec lui leur initiation. Le syncrétisme associé à une intention de brocarder pour le moins, de déconsidérer, surtout, alliés à un humour de sole, qu'on prêterait à une belote d'amicale laïque et qui n'amuse sans doute que son auteur : L'abbé mousse papam ; Faites l'armoirie, pas la guerre ; Le grand-duc aimait les frites ; La princesse barbue ...

    Nous passons en revue les Rondmons, chapitre plus fourni que les autres et qui n'entre pas dans un thème consacré à « la fausse noblesse » ; deux personnages qui ont réussi à créer une entité territoriale juridiquement indépendante [cette appellation est de nous ; on peut dire aussi entité politique juridiquement indépendante] (ce thème n'a rien à voir, définitivement, avec le titre annoncé du livre) ; des chapitres consacrés à des considérations générales à tomber, sur les blasons par exemple ;  Un passage sur les Lords of the Manor (pourtant tout-à-fait réels) ; un sur les titres des Highlands et sur les achats de terre écossaise ; un concernant l'Irlande, et un sur les Lairds (titres historiques pourtant très considérés), ces deux trois passages faisant partie du chapitre L'arnaque à l'anglaise... ce qu'Irlandais et Ecossais apprécieront.

    Quelques vieilles lunes sont évoquées pour les faire participer au massacre : se moquer des titres du Vatican, si facile,  donne déjà une idée de l'ensemble. Les références sont douteuses : Charondas... ce genre de référence laisse rêveur... (L'auteur ne dit mot... de ce que Charondas fut condamné de nombreuses fois et exerçait son entreprise de nuisance en utilisant plusieurs pseudonymes. Nous ne dirons rien des méfaits d'un petit groupe qu'il animait, très proche par ses membres de la sphère officielle orléaniste.) De même que Jean de Bonnefon2, par profession hostile à l'Eglise et dont les œuvres appartiennent au style du pamphlet. On n'y est pas en bonne compagnie.

    Significatives, les deux notes qui concluent deux éléments importants affirmés par l'auteur ! 

      - p. 32, note 3 : (au sujet du Conseil du Sceau, en France [ une des lunes de ces bons chiens de Pavlov sur les thèmes de la noblesse et qu'on retrouve sur les forums dédiés ], « point évoqué par Jean de Bonnefon mais que j'en ai demandé confirmation au ministère de la justice je n'ai pas obtenu de réponse ». Et pour cause...

      - p. 63, note : « J'ai contacté Buckingham Palace pour demander confirmation de cette histoire. On m'a très gentiment et très rapidement répondu que le palais ne faisait pas de commentaires sur le courrier de la reine ». Ainsi, toute l'argumentation qui aurait (un peu !) de substance se trouve squeezée et le soufflé retombe. En tous les autres passages où devraient intervenir exemples précis, références, on abandonne le mode Indicatif pour le Conditionnel...

    Les Chevaliers Rondmons n'ayant rien à voir avec une escroquerie comme l'indique pourtant l'auteur, qui pourtant s'efforce à grand peine à tenter de leur en déceler une, avant d'abandonner. Que fait ce chapitre dans ce livre, alors ? On se demande comment il a pu être inséré, sauf peut-être si l'auteur a peu à dire par ailleurs. Au sujet des Rondmons, la démonstration est loin d'être convaincante.

    La Chevalerie des Chevaliers Rondmons n'a rien à voir avec la Chevalerie tout court. Cependant, l'auteur ne dit mot de cet aspect. Et pour notre part nous considérons que les Rondmons ont le droit de se représenter une chevalerie qui leur soit propre. Leurs titres ne peuvent pas être confondus avec les titres véritables, ils sont à vocation interne, comme s'il s'agissait d'un jeu de rôle, ce que l'auteur indique pourtant quelque part ! 

    Les chapitres de ce livre décrivent des situations très marginales, pouvant constituer un amusement à la lecture pour ceux qui ignorent leur existence, mais leur existence même ne constitue pas du tout « une arnaque à la noblesse », et il ne s'y trouve pas d'escroquerie. Elles ne se rencontrent même pas à la périphérie du phénomène nobiliaire, elles n'ont rien à voir avec lui.

    Il faut dire que l'une des références de base [ curieusement, destiné aux « arnaques à la noblesse » commence par moquer durement et sans justification la vraie noblesse ; ce livre a une logique surprenante ] est le film Ridicule, de Patrice Leconte... que, sans sourciller, il signale comme une source historique fiable... Le Versailles de l'Ancien-Régime finissant y est décrit comme un repaire de méchants (les auteurs du film, rejoints par Oeuillet, insinuent que la « fausse noblesse » aurait gangréné les familles de la noblesse d'Ancien-Régime. Il y aura toujours des ignorants ou des personnes malintentionnées pour les croire). On ne s'écarte jamais d'une sorte d'image d'Epinal, bien fleurie et calculée pour recevoir des confirmations faciles ramassées dans la rue.

    En passant, au sujet des ISBN (p.56), pour ce qui est de juger de la qualité d'un livre (d'après la présence de ce référentiel technique apposé sur une couverture), sa remarque est de la pure fantaisie. Il faut dire qu'il rapporte la qualité d'un livre au nombre de lecteurs... (!) Nombre jugé par lui suivant l'existence ou l'absence de ce numéro d'identification des livres. Sans commentaire.

    On apprend dans ce livre que la famille de l'ancien président français souvent nommé par ses initiales à trois lettres serait... du Béarn (!!!). Rien n'est dit en substance sur la famille, sinon un concentré mal raconté, tronqué de surcroît, des laïus journalistiques habituellement non informés et que l'on a lu cent fois. Mais citer cette famille, ni sur celle de Villepin, puisqu'elles sont habituellement de service dans ce type d'exercice, n'est qu'une stratégie bancale et le moyen de médire gratuitement. On trouvera aussi qu'Edmond Blanc, dont l’œuvre d'entrepreneur génial est saluée par tous, y est qualifié « d'aventurier actif aux alentours de l'année 1900 ».

    En tout, un livre indigeste. Et qui ne dit pas un mot de pratiques commises sur le Net, beaucoup plus à portée de tout le monde et parfois abritées derrière des façades honorables, dans la sphère francophone et en particulier en France.

    Confusion, mélange ; après tout, ce livre est contemporain... Tout est au-delà de l'à-peu-près. Les citations recueillies sont à placer au concours hors catégorie. Les amis de l'Ordre de Malte, qui ne liront pas de toutes façons ce livre, apprécieraient qu'on vilipende la famille de celui [le Bailli de Pierredon] qui a hissé leur Ordre en France à la position où il est parvenu : l'homme qui a trouvé bon de se confier est un membre responsable de l'ANF1. Au sujet de l'ANF, l'auteur affirme que tous les aristos français y sont inscrits... A elle seule cette bêtise prouve son ignorance du sujet.

    Aucune justification, signalons-le, n'est apportée au sujet de certaines associations, qu'il critique, et qui se réclament de l'Ordre de Malte. (Là encore il ne s'agit que de propos rapportés).

    En définitive, plus que très léger dans le contenu malgré des précisions intéressantes sur la manière dont opèrent des  marchands de rêve, vide pour les informations que l'on s'apprêterait à découvrir enfin, se persuadant de continuer la lecture parce qu'on est d'astreinte sur le Site, propos rapportés de tout ce que l'on (c'est-à-dire tout le monde) connaît déjà mais en raccourci et en pire !

    Parler du Docteur Petiot, de la 'Pataphysique, ou de l'Eglise Anarchique, atteint le must des références dont use l'auteur très sérieusement.

    Florilège, témoignant parfois d'un solide esprit scato ; dans ce livre, pêle-mêle, on peut lire : « A la fin de son règne [Louis XIV] les plus puissants (...) en étaient réduits à se battre comme des écolières pour avoir le privilège de tenir le pot dans lequel il pissait » ou encore, « Le  Roi-Soleil se prend pour la guillotine ».

    Dommage que ce livre ne soit pas lu : il aurait suscité de nombreuses vocations parmi les acheteurs de titres de jeu ou d'amusement, acheteurs qui ne sont grugeables que dans une mesure largement souhaitée. Julien Oeuillet voudrait-il interdire le jeu ?

    Le rappel insistant de sa qualité de « prolo » par l'auteur ne devrait pas, tout au contraire, le dispenser de l'effort de sérieux intellectuel dont les ouvriers s'honoraient il n'y a pas si longtemps... et s'honorent toujours. Mais l'envie est peut-être le moteur principal de cette diatribe qui part dans toutes les directions.

    Il déclare, au sujet de ceux qui ne se prennent pas au sérieux, que « cela permet de se vanter plus fort ». L'ange (?) exterminateur Oeuillet semble mordu au pistil. Décidément, rien ni personne n'échappe à sa vindicte. Ainsi son livre ne trouvera pas grâce lui non plus, et ce sera très bien comme ça.

     

      1. L'ANF est l'Association d'entraide de la Noblesse Française. Nous lui consacrerons un article.

     2. Jean de Bonnefon ; La ménagerie du Vatican, 1906.


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  • Commentaires

    1
    TR
    Vendredi 19 Juin 2015 à 20:22

    Une critique très édifiante : un livre à ne pas lire en effet. Les citations à elles seules le "classent".



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